LE CINQUIÈME ÉLÉMENT

Morceaux choisis de la séance du 3 janvier autour du film "Le cinquième élément" de Luc Besson,  en présence du directeur de la photographie Thierry Arbogast, AFC.

 

Vous pouvez retrouver l'intégralité de la discussion en téléchargement en bas de page.

Bonne lecture!

LA LUMIÈRE ET LES DÉCORS

 

Pendant le film, le but était d’intégrer l’éclairage à l’intérieur du décor. Par exemple, quand il y a le cheminement du présentateur dans les couloirs, on a utilisé des plastiques diffusants au-dessus  de lui, intégrés dans le décor. En général, on a essayé d'intégrer quasiment toutes les sources qui éclairaient les comédiens, en collaboration avec le chef déco. Bien sûr, on avait des sources additives, mais on aurait presque pu tourner qu'avec le seul décor, sans éclairage supplémentaire. Tout était fait en amont, pendant la conception des décors. C'est ensuite que je discutais à nouveau pour rajouter des sources, des plexis, pour ouvrir certaines parties du décor.

 

 

J'aime bien diversifier sources dures et douces. Je m'appuie principalement sur les atmosphères que je veux dégager dans les séquences. Pour l'appartement de Gordon, ce sont des lumières intégrées dans le décor, douces. Dans le couloir de cet appartement, c'est résolument bleu métallique. L'appartement du prêtre, c'est une lumière plus classique, chaleureuse. J'ai essayé de contraster au maximum avec les entrées de jour par les fenêtres et le fond qui s'enterrait volontairement.

À chaque séquence, j'essaye de défendre la séquence par rapport au décor, au comédien. J'essaye d'avoir le parti pris le plus approprié pour chaque scène en prenant compte de la scène précédente et suivante.

Je n'aime pas uniformiser un film comme certains films d’époque anglais. J'aime travailler dans des choses plus diversifiées, contrastées, avec des atmosphères propres à chaque scène.

D'abord, j'essaye de privilégier la narration, l'atmosphère temporelle. Je fais attention à ce que nous dit la chronologie du film. Ensuite, il faut prendre en compte ce que nous permet le décor (ouvertures, lampes...). Puis, je travaille sur la position des comédiens dans le décor. J'évite les top lights sur Lilou car ça fait ressortir de gros cernes, mais certains acteurs masculins le supportent très bien.


 

 

LES EFFETS SPÉCIAUX

 

 

Il y avait une vingtaine de personnes de Digital Domaine, dont une partie qui travaillait uniquement sur ordinateur pour maquetter. Toute la partie Effet spéciaux était story-boardée par Luc et le story boardeur (mais pas le reste du film). Digital Domaine avait établi avec Luc le look qu'aurait le film de façon générale. On savait ce qui allait être créé en effets spéciaux. Par exemple, quand elle sort face à la ville, on avait des dessins faits par Moebius et d'autres dessinateurs. On savait donc que la ville allait être comme ça, que le soleil était assez bas. Elle contourne le bâtiment, donc elle passe du soleil à l'ombre et c'est là que la voiture de flic arrive avec ses propres éclairages. Nous avons pensé les éclairages en fonction des maquettes que nous avions mais ensuite, j'avais la liberté de faire ce que je voulais, en sachant qu'ils créeraient la lumière par rapport à la ville et aux directions qu'on avait donné. Tout ça est un travail d’équipe.

Il y avait beaucoup de plans truqués mais on était quand même limités par le fait que ça coûte très cher. Par exemple, à un moment, quand Corben ferme le store après le plateau de nourriture thaï, c'est juste pour économiser 15 plans de plus truqués avec une découverte. On a essayé d’être raisonnables sur le nombre de fond bleus et de truquages.

 

Sur un film de science-fiction de cette ampleur, il y a 300 personnes en permanence au studio. Quand les acteurs sont sur le plateau, on ne peut plus rien faire. On a des doublures. On fait le plan au cadre, on finalise la lumière, puis les comédiens arrivent. Alors on ne peut plus intervenir, ou alors très discrètement.

Quand on faisait des prises en parallèle, je courais entre les deux plateaux. Je quittais Luc quelques minutes pour aller en deuxième équipe régler deux-trois choses.

J'ai regretté parce que Luc tourne trop vite pour qu'on puisse le laisser tout seul. Si je pars 20 minutes, il a déjà tourné trois plans, sans que je sache s'ils ont mis le bon diaph !La deuxième équipe servait à ratisser derrière nous, d’après les précisions de Luc. Tout était prélighté. Ils pouvaient donc tourner tout ce que Luc n'avait pas envie de faire, s'il n'y avait pas les comédiens (explosions, inserts...). Ils montraient leur copie et si ce n’était pas bon, ils refaisaient.

 

Le 5eme élément, c'est 24-25 semaines de tournages, avec pas moins de 10-12h de présence sur place. C'était vraiment un rythme dur, comme pour Jeanne d'arc.


 


LE NUMÉRIQUE

 

Si je devais refaire ce film, je le tournerais en numérique. Je suis ravi de cette révolution, ça fait 20 ans que j'attends ça. Dès que j'ai commencé à faire ce métier, j'ai trouvé qu'attendre 2 jours pour développer les rushes créait un stress pas agréable. J'ai toujours aimé le polaroid. On prend la photo et on voit tout de suite ce que ça donne. Quand les appareils photos numériques sont apparus, je me suis dit “c'est bon, dans 5 ans on a des caméras numériques“. Mais non ! La première caméra de qualité (pas question de tourner avec une qualité inférieure au 35 sinon à quoi bon), c'est la Genesis de Panavision suivie par la f35 de Sony. J'ai fait des comparatifs quand la Genesis est sortie. La production n'a pas vu la différence avec le 35 alors j'ai tourné mon premier film en numérique : Astérix.

 

L'avantage des caméras numériques, c'est la sensibilité. On peut éclairer moins. L'Alexa présente 800 ASA de base, et on peut monter à 1200 ASA, 1600 ASA. On peut aussi ouvrir l'obturateur à 360°. Si on devait refaire Barry Lindon aujourd’hui, Kubrick aurait été très heureux, il aurait eu les outils pour capter la lumière de la bougie.

Mais on est toujours obligé d’éclairer, il faut une intervention sur la lumière pour la restructurer.

On peut tourner en naturel. Malick y arrive très bien, mais avec un énorme étalonnage numérique. Et on sent que le film n'est pas éclairé.

 

J'aime la diversité des projets : passer d'un petit film à un gros, d'une comédie à autre chose, d'un film d’époque à de la SF. J'aime les films de genre, j'aimerais en faire plus. Je ne suis pas très “comédie française“, mais quand le sujet me plaît et tombe bien dans mes dates, j'accepte.

 

Rencontre avec Thierry Arbogast-Séance du 3 Janvier-Le Cinquième élément
L'intégralité de la discussion de la séance du 3 Janvier, avec Thierry Arbogast.
rencontre avec Thierry Arbogast-Le cinqu
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Prochaine séance

 

Mardi 5 Septembre

2017

à 20H00

 

Le scaphandre et le papillon, réalisé par Julian Schnabel

 

En présence du cadreur

Berto, AFCS

 

 

Celle d'après